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Quelle stratégie pour réindustrialiser la France ? par Olivier Durnez

Quelle stratégie faut-il adopter pour réindustrialiser la France et investir dans les nouvelles technologies ? Je vais…

11 juin 2018 12 min

Quelle stratégie faut-il adopter pour réindustrialiser la France et investir dans les nouvelles technologies ?

Je vais énoncer les prérequis d’une politique de réindustrialisation de la France et d’investissement dans les nouvelles technologies. Les lecteurs du site upr.fr, qui connaissent François Asselineau ou le programme de l’Union populaire républicaine, savent que notre volonté est forte de relancer l’industrie en France.

Cet objectif permettra à la fois de garantir notre sécurité et notre indépendance vis-à-vis des autres puissances étrangères, de créer des emplois dans tous les domaines et globalement de recouvrer la fierté d’appartenir à notre nation.

Nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’il est impératif d’établir une stratégie de puissance pour la France si l’on veut atteindre cet objectif. Cela ne signifie pas que le projet porté par l’UPR doive receler des intentions belliqueuses. Toutes les « grandes puissances » mondiales ont une stratégie de puissance (Chine, États-Unis, Allemagne…), notamment en matière de politique industrielle et d’investissement. Il sera absolument impossible de redresser la France sans une telle stratégie. Il n’est pas nécessaire d’écraser les autres pour exister, mais il faudra assumer notre puissance afin de « permettre à nos entreprises de se développer pour rayonner y compris à l’étranger [1] ».

Alors que l’on ne compte plus les plans de relance de l’économie ou de l’emploi de nos récents présidents et ministres de tous bords (avec l’efficacité que l’on sait), il apparaît nécessaire de rappeler quels sont les prérequis d’une réindustrialisation de la France afin de pouvoir préserver son autonomie d’action.

Afin de souligner la continuité et la pertinence des analyses de l’UPR, je ferai référence à certaines propositions du programme législatif de 2017 qui illustrent cette volonté [2].

Quels sont ces prérequis ?

1) Indépendance

L’UPR propose d’appliquer l’article 50 du traité sur l’Union européenne (sortie par les voies légales de l’Union européenne), car c’est ainsi que la France retrouvera les marges de manœuvre vitales pour pouvoir construire son projet politique et économique.

  1. Indépendance institutionnelle. Elle permettra d’appliquer la politique pour laquelle ont voté les Français et non une politique qui soit le fruit d’un compromis à 27 sous l’influence significative de lobbys. Peut-on raisonnablement bien défendre ses intérêts si l’on a constamment l’obligation de faire des compromis et donc des concessions sans qu’il y ait la moindre relation de réciprocité ? Cet objectif sera atteint grâce à l’interdiction des transferts de souveraineté (proposition 2).

  1. Indépendance monétaire. Les analyses de l’UPR expliquent pourquoi l’euro est une monnaie trop chère pour notre industrie. Nous allons donc redéfinir une monnaie, le franc, qui sera adaptée à nos besoins. Le rôle que joue une monnaie nationale est essentiel pour assurer la bonne tenue de l’activité économique.

Proposition 41 : Rétablir le contrôle des mouvements de capitaux.

Proposition 43 : Gérer de façon dynamique le taux de change externe du nouveau franc.

Proposition 52 : Recettes budgétaires supplémentaires résultant du rétablissement du contrôle des mouvements de capitaux.

En outre, lorsque l’on mentionne que nos entreprises délocalisent leurs productions dans des pays ayant une main-d’œuvre peu coûteuse, on omet de préciser que ces délocalisations génèrent des coûts liés à la formation des personnes, aux approvisionnements, aux délais de trajet aller et retour, à la baisse de réactivité, au contrôle qualité à mener sur place. Qui plus est, non seulement la France perd tous les jours des emplois, mais, en outre, nos entreprises, par les investissements qu’elles font dans ces pays, améliorent leurs outils de production, les rendant ainsi de plus en plus difficiles à concurrencer…

On aboutit alors à une politique économique visant à baisser les salaires, puisqu’il sera très difficile d’obtenir des avantages liés aux technologies ou aux compétences à même de rendre la production locale française concurrentielle. Au bout du compte, les produits sont fabriqués dans des pays où les coûts de production sont faibles du fait du différentiel actuel…

Proposition 55 : Dénonciation juridique de l’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) qui mettra fin à la libre circulation des mouvements de capitaux, donc aux délocalisations industrielles.

Pour en savoir plus sur ces questions, vous pouvez consulter avec profit les conférences de Vincent Brousseau et de Charles-Henri Gallois.

  1. Politique étrangère indépendante

François Asselineau a déjà décrit la politique étrangère que mènera une France indépendante [3] : il conviendra de continuer à la vulgariser auprès de tous les Français pour que chacun en comprenne bien les enjeux. Celle-ci s’appuie sur la volonté d’encourager la coopération internationale et s’inspire du général de Gaulle : « Un chemin d’indépendance passant par une autonomie stratégique et un grand dessein industriel. […] Plus que jamais, cette option apparaît comme un choix d’avenir dans une époque qui démontre que les rapports de force géo-économiques et sécuritaires planétaires, encastrés dans la mondialisation (qui n’a pas effacé les nations) imposent de ne pas choisir un camp [4]. »

Je détaillerai peu ces points, car ce sont des mesures phare du programme de l’UPR, que notre président a été le seul à porter lors de l’élection présidentielle. Je rappellerai tout de même  que la France, sixième puissance économique du monde, qui est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et possède l’arme nucléaire, n’est en aucun cas un pays « trop petit » pour être indépendant.

2) Volonté de puissance

Nous devons inscrire notre projet pour la nation France dans une volonté de puissance, ainsi que le décrit le spécialiste du sujet Christophe Harbulot [5] : « La France doit se définir comme puissance et mettre en place une organisation et un système comportant tous les ingrédients nécessaires et indispensables pour se défendre et qui éviteront les désastres qu’ont été les pertes d’Arcelor, Alcatel, Sagem ou plus récemment Alstom [pertes permises par l’article 63 du TFUE, entre autres], et les nombreux autres fleurons industriels français qui n’ont pas été défendus correctement par l’État et ses services, à l’instar ce que savent faire les autres grandes puissances économiques mondiales. »

Pourquoi cette nécessité ? Alain Juillet, un ancien responsable de la DGSE, a affirmé que l’affaire a été montée pour prendre le contrôle de notre industrie leader dans les turbines à gaz, ce qui a impliqué une perte de souveraineté pour la France [6]. General Electric a été appuyé par tous les appareils d’État américains  — renseignement, justice, politique —, alors que nos institutions et nos dirigeants étaient désorganisés et n’étaient pas bien informés sur ce qu’il était en train de se passer (un documentaire à voir absolument traite de ce sujet [7]).

Nous aurons donc une réflexion stratégique à mener de façon transversale sur ce qu’est la puissance d’un pays et de son industrie. Car il ne faut pas s’y tromper : l’intelligence, le savoir-faire et la créativité de nos chercheurs, de nos ingénieurs et de nos entrepreneurs ne suffisent pas. Nos merveilleuses idées ou nos super start-up françaises nous échappent. Qui n’a jamais entendu parler de bonnes idées françaises qui sont devenues des business à l’étranger ?

Exemples avec des start-up, ou « fleurons », « pionniers », qui ont été rachetées :

— Wiko (smartphones) est désormais chinois à 100 % [8]. Le titre de certains articles portant sur ce sujet est d’ailleurs intéressant en ce qu’il montre la mauvaise compréhension des acteurs qui devraient être à la lutte. En l’occurrence, ce n’est pas notre pays qui a perdu l’entreprise, mais la nature du problème se situe au niveau local : « Marseille a plié face à l’industriel Tinno : Wiko est maintenant 100 % chinois [9]. »

— Withings est devenu finlandais : « Un nouveau fleuron de la french tech passe sous pavillon étranger [10]. »

Alors qu’en face les géants d’aujourd’hui ont été jusqu’à présent fortement appuyés par un environnement et une stratégie, parce que la nation a jugé que le domaine d’application était vital et qu’il devait, par conséquent, être soutenu et défendu. Il faut comprendre que, malgré les bonnes intentions, les plans d’investissement tels qu’ils sont conçus aujourd’hui sont insuffisants, car ils n’englobent pas tous les ingrédients nécessaires.

Pourquoi les achats de matériel militaire par les pays européens excluent souvent les propositions françaises [11] ? Pourquoi, sur le Rafale, « l’Inde passe[-t-elle] son tour [12] », pendant que l’Allemagne valide le gazoduc russe en dépit des sanctions ardemment demandées par les États-Unis [13] ?

Nous aurons donc une vision à long terme d’accroissement de notre puissance permettant d’enrichir notre pays, et notamment de valoriser notre capital humain. Cette politique impliquera une réorganisation de nos secteurs d’activités pour se remettre en ordre de marche et permettre aux acteurs de nos territoires (entreprises, acteurs économiques locaux, collectivités locales et services de l’État) d’acquérir une vision stratégique de leur avenir et de participer au développement économique global de notre pays.

Par ailleurs, il y a souvent une différence entre l’image que le pays se donne à l’étranger pour cultiver son aura et sa réputation, et la réalité de ses actions (protection de ses intérêts). II y a un exemple merveilleux avec l’image des États-Unis comme protecteur de la libre concurrence et des petites entreprises face aux conglomérats, matérialisé par la liberté qu’ils se donnent de « découper » les monopoles (s’autorisant par là même à demander aux autres pays d’être capables de faire de même).

L’utilisation de la loi antitrust promulguée par les États-Unis et l’exemple du démantèlement d’ATT dans les télécoms (qui date désormais de plusieurs dizaines d’années…) sont systématiquement évoqués à cette occasion. Or une analyse plus fine de la réalité montre que les instances américaines savent « choisir » les dossiers.

Dans une très bonne analyse du sujet [14] on retrouve la cécité vis-à-vis des positions dominantes de Google et d’Apple, qui se révèle très utile pour leur projection sur les marchés étrangers et le contrôle d’un domaine entier : « Les 88 % de parts de marché dans la recherche sur Internet de Google, les 71 % que se partagent Google et Apple dans la messagerie mail et d’autres monopoles encore. »

Par contre, « l’administration américaine n’a pas hésité à peser de tout son poids, le 13 mars dernier, pour bloquer une autre fusion-acquisition, toujours dans les TIC : celle de Qualcomm et Broadcom, deux leaders mondiaux dans les terminaux mobiles, l’un au niveau des processeurs, l’autre au niveau des circuits de communication ».

Il y a de nombreux autres exemples de protectionnisme et de guerre économique [15], la législation y est souvent un point faible pour notre pays : « Les fonds activistes et leur stratégie d’influence et de gouvernance, qui peuvent compromettre ou faire changer les orientations commerciales et stratégiques des sociétés dans lesquelles ils sont actionnaires, peuvent servir de cheval de Troie à l’ambition ou tentatives de déstabilisation des sociétés concurrentes ou adversaires américaines. » Les lois qui sont promulguées doivent aussi intégrer des objectifs de performance économique et industrielle.

Les autres pays le font aussi, tels que la Bolivie, qui reprend le contrôle de ses ressources et promeut ses produits [16].

Outre les aspects de défense des secteurs stratégiques, l’UPR a formulé toute une série de propositions (71 à 83) pour le soutien des TPE et des PME.

Je vous invite à consulter l’avis de la Cour des comptes sur le programme d’investissement d’avenir lancé par François Hollande [17], où l’on retrouve en introduction qu’il s’agit d’une démarche exceptionnelle (35 milliards d’euros) comportant des dérives à corriger, notamment sur la gestion budgétaire des crédits accordés… Bref, on en revient à une recommandation d’inscrire les projets dans une logique de pilotage global et non de faire se succéder des mesures exceptionnelles (permettant des annonces politiciennes) au risque de perdre en cohérence et donc en résultat.

La commande publique doit ainsi permettre la création d’activités. À ce sujet, je mentionnerais le sujet des compteurs Linky, controversé par ailleurs, et épinglé dans le rapport public annuel de 2018 [18] : le système « nécessite encore une “relève à pied” et ne permet pas de compter la consommation sur un nombre suffisant de plages horaires, ce qui limite les offres commerciales des fournisseurs et ainsi la concurrence ».

  • 3) Approvisionnement énergétique

Nos entreprises, nos artisans et notre quotidien ont tous besoin d’énergie, parce que nous en avons tous besoin. Impossible de se passer d’énergie aujourd’hui : votre réveil, votre petit-déjeuner, votre voiture ou les transports en commun, votre ordinateur, etc. En résumé : nos machines consomment de l’énergie pour nous aider à agir, bouger, construire. Les fabuleux gains de productivité de ces dernières décennies sont essentiellement dus à cette automatisation, nous en dépendons. Assurer notre indépendance énergétique et faire le choix du « comment » sera une composante essentielle de notre politique industrielle et de recherche de technologies nouvelles. Car la plupart de nos énergies actuelles sont extraites de ressources fossiles (gaz, pétrole, charbon…) ou épuisables à plus ou moins long terme (uranium, par exemple).

L’UPR a intégré dans son projet la dimension écologique, c’est même un élément de premier ordre. Il est donc impératif de débattre de la stratégie d’approvisionnement énergétique qui sera mise en œuvre au cours des cinquante prochaines années (et qui devra s’appuyer sur la volonté des Français) : renouvellement partiel du parc de centrales nucléaires ? Quel mix énergétique vis-à-vis des énergies renouvelables ? Quelles implantations ?, etc., afin d’ajuster notre stratégie industrielle en conséquence. Il y aura probablement deux tempos : les dix années à venir (continuité de l’existant et préparation de la bascule) et l’horizon suivant.

Un grand débat sera organisé dès notre arrivée au pouvoir et il concernera le nucléaire. Il sera donc éminemment stratégique. Le contact a déjà été pris avec Séverine Friol, responsable nationale pour l’énergie, afin de mener un travail en commun.

Conclusion

Il faut rappeler une évidence : créer des emplois en favorisant nos entreprises, c’est partir à la conquête de marchés. Il faudra donc participer à la guerre économique en cours en étant déterminés. Nous allons donc élaborer, concrétiser et mettre en œuvre une stratégie opérationnelle de puissance française qui couvrira tous les secteurs de notre société.

Cela nécessitera de la réflexion et de l’analyse. Je terminerai donc naturellement ce premier article par un appel à contributions et une demande d’appuis de la part de ceux qui souhaitent mener cette guerre économique avec nous et faire de la prospective sur ce que pourrait être cette stratégie.

— Idées : comment devenir le pays le plus innovant ?

— Infrastructures et maillage territorial : les améliorer, anticiper les besoins et être prospère partout.

— Environnement industriel : être le meilleur endroit pour lancer et faire croître une affaire.

— Planification et stratégies industrielles (entreprises, universités, société civile…) : secteurs vitaux, prospection, coordination des activités et des filières, compétitivité…

— Guerre économique et stratégie de puissance.

— Etc.

En bref : construire au fil des ans une société plus accueillante afin de développer une économie productive qui profite à tous les citoyens français, l’enjeu étant de faire prospérer le bien commun de nos concitoyens.

[1] Éric Delbecque sur le patriotisme économique : https://www.amazon.fr/Patriotisme-%C3%A9conomique-social-lib%C3%A9ralisme-En-pages-ebook/dp/B0176PME1Y

[2] https://legislatives.upr.fr/programme-legislatif/

[3] Politique étrangère de François Asselineau : http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/amerique/29103-la-politique-etrangere-de-francois-asselineau-non-a-leurope-oui-a-la-francophonie

[4] L’impuissance française : une idéologie ? (Plaidoyer pour la résistance et la renaissance). Éric Delbecque et Christian Harbulot : http://www.ericdelbecque.fr/2017/05/limpuissance-francaise-une-ideologie/

[5] Ch. Harbulot Sabordage : comment la France détruit sa puissance, https://www.eyrolles.com/Entreprise/Livre/sabordage-9791025200346

[6] Thinkerview : https://thinkerview.com/dgse-espions-secrets-des-affaires-crises-mondiales/

[7] LCP « Droit de suite : l’affaire ALSTOM » http://www.lcp.fr/emissions/droit-de-suite/283004-alstom-une-affaire-detat

[8] http://www.economiematin.fr/news-wiko-fusion-rachat-tinno-smartphone

[9] https://www.numerama.com/business/328056-marseille-a-plie-face-a-lindustriel-tinno-wiko-est-maintenant-100-chinois.html

[10] https://www.lesechos.fr/26/04/2016/lesechos.fr/021878183495_nokia-rachete-withings–le-pionnier-des-objets-connectes-en-france.htm

[11] La Tribune, « Armement la France compte pour du beurre pour la Pologne » https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20121003trib000722739/armement-la-france-compte-pour-du-beurre-pour-la-pologne.html

Hélicoptères : https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/mais-de-qui-se-moque-la-pologne-qui-achete-des-helicopteres-americains-606300.html, http://www.lefigaro.fr/societes/2016/10/11/20005-20161011ARTFIG00098-apres-avoir-rejete-airbus-la-pologne-choisit-les-helicopteres-lockheed-martin.php

Système antimissile : https://www.abcbourse.com/marches/la-pologne-achete-le-systeme-antimissile-americain-patriot_430494_PX1p.aspx

Avions de chasse F-35 : https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20130917trib000785677/les-pays-bas-s-offrent-37-avions-de-combat-americains-f-35.html

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20140324trib000821531/pourquoi-le-ministre-de-la-defense-belge-veut-le-f-35-et-pas-le-rafale.html

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