
Après le débat catastrophique de Mme le Pen face à M. Macron dans l’entre-deux-tours de la présidentielle, et après l’amertume éprouvée par les membres du parti frontiste pour le score du deuxième tour de la présidentielle (33,9%) puis pour celui des élections législatives (13,2%, soit moins qu’en 2012), les médias nous ont assuré, pendant des jours et des jours, que le FN s’était engagé dans un processus dit de « refondation ».
Au menu de ladite « refondation » ?
Selon les médias, d’ailleurs pas démentis par les dirigeants concernés, la grande question allait être de déterminer si le FN allait « garder dans son programme » la proposition de « sortie de l’euro » – ligne défendue par M. Philippot – ou bien s’il allait « abandonner » cette proposition – ligne défendue par MM. Aliot, Collard (qui n’est pourtant pas membre du FN…), Gay, etc. ?
Toujours à en croire les médias, le débat aurait fait rage entre les deux camps :
- d’un côté, les partisans de l’abandon de la sortie de l’euro – qui seraient majoritaires dans l’appareil -, accusant M. Philippot d’avoir été le mauvais génie de Mme Le Pen et de lui avoir conseillé d’adopter cette idée trop « anxiogène » pour les Français.
- de l’autre côté, M. Philippot et ses maigres troupes, répliquant que si Mme Le Pen avait perdu, cela n’avait rien à voir avec l’idée de sortir de l’euro mais tout à voir avec l’incompétence de la candidat et avec les positions du FN, jugées extrémistes par beaucoup de Français sur les questions d’immigration et d’islam.
Ce qui est le plus étonnant dans tout ce déballage médiatique, c’est qu’il ne s’est trouvé aucun journaliste politique pour se frotter les yeux et pour demander à ses confrères où et quand il avaient vu et entendu que le programme de Mme Le Pen comportait la promesse… de sortir de l’euro !
L’imbroglio de la sortie de l’euro : toute la prétendue le débat sur une mesure qui n’a jamais été proposée par le FN
Il convient donc de rappeler que le FN n’a jamais proposé explicitement la sortie de l’euro et a toujours eu des discours ô combien ambiguës, que ce soit sur la sortie de l’euro ou a fortiori celle de l’UE. À cet égard, j’invite tous les lecteurs à regarder cette vidéo pour constater l’ambiguïté totale du FN sur ces deux questions :
https://www.youtube.com/watch?v=LwvnNJO6RBo
Le seul terme évoqué n’est pas la sortie de l’euro mais retrouver une monnaie nationale ou une souveraineté monétaire (le tout sans parler ni proposer la sortie de l’euro !) avec des méthodes et explications toutes plus baroques les unes que les autres.
Au-delà de cette vidéo, il suffit de se pencher sur les professions de foi du FN, seul document engageant, gardé dans les Archives nationales et envoyé aux 46 millions d’électeurs, pour constater que la sortie de l’euro n’est pas mentionnée une seule fois !
Élections législatives 2017 2ème tour
C’est l’occasion de montrer que les deux lignes du FN ne sont pas tenables et que la discorde concernant la sortie ou non de l’euro est assez surréaliste car il n’en a jamais été question au FN.
Les deux lignes du FN : l’une incohérente, l’autre inapplicable
Sur le papier deux lignes s’opposeraient :
- La ligne de Florian Philippot, dite Philipotiste, de souverainisme qui souhaiterait la sortie de l’euro et rassembler la « France du non » du référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne. Une ligne qui se dit « patriote » et « ni de droite, ni de gauche » ;
- La ligne du canal historique du FN, incarnée par Nicolas Bay, Louis Alliot ou Gilbert Collard, qui souhaite que le FN revienne à ce qu’il a toujours été : un parti qui parle avant tout d’identité et d’immigration. Cette ligne cherche aussi l’alliance des droites ou union des droites. L’euro n’est pas prioritaire et explique selon eux l’échec d’un plus large rassemblement à droite.
Sur le fond, il semble évident que la ligne philippotiste est plus cohérente car comme l’explique l’UPR, sans sortie de l’Union européenne et de l’euro, tout le programme du FN est caduc, même sur la question migratoire, sujet numéro 1 du FN, qui est du ressort de l’UE depuis le traité d’Amsterdam et qui se matérialise maintenant par les articles 67, 78 et 79 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) [1].
Néanmoins, dans les faits, la ligne « philippotiste » consistant à prétendre rassembler la « France du non » est absolument inapplicable pour les simples raisons que le parti auquel appartient M. Philippot s’appelle le FN et que sa présidente s’appelle le Pen. Ces deux noms sont rédhibitoires. Même si Mme Le Pen fascinait l’opinion par sa compétence et par sa connaissance des dossiers – on en est loin ! – et même si elle adoptait un langage policé dénué de tout « dérapage », le simple fait qu’elle s’appelle Le Pen empêchera toujours le FN d’arriver au pouvoir. Que cela plaise ou pas, qu’il neige ou qu’il vente, au moins les 2/3 des Français préfèreraient se trancher la main plutôt que de glisser dans l’urne un bulletin de vote portant le nom « Le Pen ».
Il s’agit presque d’une réflexe pavlovien à la seule évocation des noms FN et le Pen, peu importe même le fond. Rassembler au-delà du clivage gauche-droite est encore davantage impossible car ce réflexe pavlovien est encore plus ancré à gauche. Le FN a une histoire, tout comme le nom de le Pen.