Ce que les médias de large diffusion ont caché aux Français sur Hillary Clinton
Vu de France, beaucoup de personnes ont du mal à comprendre comment un milliardaire ayant parfois tenu des propos rac…
10 novembre 2016 12 min
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Vu de France, beaucoup de personnes ont du mal à comprendre comment un milliardaire ayant parfois tenu des propos racistes, démagogiques, climato-sceptiques et vulgaires a pu l’emporter face à Hillary Clinton.
Un récent sondage – à supposer qu’il soit fiable – indiquait à ce propos que 80% des Français espéraient la victoire d’Hillary Clinton. Ce pourcentage dépassait les 90% en Allemagne…
Tout cela est peu surprenant compte tenu de la couverture médiatique massive imposée aux Français. Les grands médias nous ont présenté le duel entre Donald Trump et Hillary Clinton comme celui d’un milliardaire raciste au discours haineux (et s’il a fait quelques déclarations scandaleuses, où sont ses discours « haineux » ?) face à une femme expérimentée, engagée pour la tolérance et la diversité, dont le problème principal n’aurait été qu’un certain manque de charisme.
Cependant, dés qu’on y regarde d’un peu plus près, cette jolie narration s’effondre comme un château de cartes construit sur du sable.
Car si Hillary Clinton a été battue, c’est pour une large partie parce qu’elle a été accusée de corruption systématisée, depuis que des journalistes indépendants ont découvert que la fondation Clinton est au centre d’une vaste affaire de trafic d’influence, avec des preuves qui s’accumulent rapidement (et je ne parle pas d’allégations fantaisistes qu’on peut trouver sur internet).
Comment interpréter par exemple des dons de plusieurs dizaines de millions de dollars de l’Arabie saoudite, au moment même où Hillary Clinton, qui est à la tête de la diplomatie Américaine, soutient la diplomatie saoudienne dans ses guerres et accepte une augmentation massive des livraisons d’armes envers ce pays ?
Le livre « Clinton Cash » a justement fait le lien entre les donations faites à Bill Clinton ou à l’une des fondations Clinton d’un côté, et les services rendues par Hillary Clinton de par son poste éminent dans l’appareil d’État. Il ne s’agit pas d’une ou deux allégations hasardeuses, mais de soupçons concernant des dizaines de dossiers troublants.
Si l’on cherche à prouver cette corruption, le moyen le plus simple est tout simplement de regarder avec qui Hillary Clinton a travaillé lorsqu’elle était au département d’État, et ce qu’elle a fait. Manque de chance, ce sera impossible : Hillary Clinton est en effet la première politicienne américaine à avoir utilisé un système qui empêche tout recouvrement complet de ses e-mails en tant qu’officielle de haut rang, ce qui nous amène à la première affaire.
Revenons donc aux faits qui sont publics, étape par étape, pour un peu mieux comprendre ce cas d’école.
A) L’affaire des e-mails
Acte 1 : E-mails confidentiels sur serveur privé.
Il faut d’abord comprendre que les employés américains travaillant sur des documents confidentiels ont une obligation légale d’utiliser un serveur d’État sécurisé, pour des raisons de sécurité nationale. Des employés imprudents peuvent d’ailleurs être poursuivis pour de lourdes peines (y compris de la prison ferme), sur des entorses pouvant paraître anecdotiques lorsque des documents classifiés sont en jeu [*1=liens en bas de page].
Une autre loi interdit formellement de supprimer tout document officiel, car ces documents doivent pouvoir être archivés puis être examinés et éventuellement déclassifiés en cas de requête justifiée ou d’enquête.
Or, Hillary Clinton, avocate de formation, a utilisé un moyen qui lui permettait de disposer entièrement de ses mails : elle ne passait pas par un serveur sécurisé gouvernemental (ce qui est déjà répréhensible),ni sur un serveur privé officiel (tel que Gmail que les officiels utilisent pour les conversations non secrètes, qui est censé être sécurisé, et dont on peut récupérer les données même une fois qu’elles semblent effacées).
Elle passait à la place par un serveur « maison » avec une adresse @clintonemail au lieu de @state.gouv. Son serveur était physiquement situé dans son garage les premières années, puis dans une société privée nommée PRN. Elle a ainsi été la première officielle américaine à pouvoir sélectionner les e-mails qu’elle transmet aux archives ou à la justice! [*2]
Dés l’année de prise de fonction d’Hillary, en 2009, des soupçons apparaissent. La NARA (National Archive and Records Administration) tire alors la sonnette d’alarme en constatant qu’il existe des irrégularités, et une ONG découvrira même en 2012 qu’il n’y a aucune donnée archivée au nom d’Hillary Clinton, ce qui est pour le moins inhabituel.
Il faudra pourtant attendre 3 ans de plus, un scandale avec un ambassadeur tué en Libye, et des dizaines de rebondissements pour qu’un article du New York Times de 2015 confirme à tous l’existence de ce serveur privé.
Après plusieurs déclarations fausses, Hillary Clinton se fixe alors une nouvelle défense : elle concède qu’elle a bien utilisé ce serveur privé pour le travail, mais qu’aucun e-mail marqué comme confidentiel n’y a transité.
Une enquête du FBI est alors lancée avec un objectif précis : rechercher des preuves d’informations classifiées ayant transité par ce serveur privé.
Et si le déroulement de l’enquête a de quoi surprendre (immunité accordée à de nombreux proches de Clinton qui semblent avoir fait obstruction, documents effacés, tentatives de pressions pour classifier à la baisse des documents…), la conclusion (applaudie par les soutiens de Mme Clinton) peut laisser incrédule. Car, même si elle est favorable à Hillary, elle nous apprend des choses intéressantes.
Je traduis ci-dessous une partie du discours de James Comey, directeur du FBI, lorsqu’il clôturait l’enquête :
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Déclaration du directeur du FBI James Comey le 5/07/2016
[discours en Anglais en Annexe 1 +lien complet [*3]]
James Comey: “–Notre enquête visait à déterminer s’il y avait des preuves que des informations classifiées étaient frauduleusement stockées ou transmises sur un système personnel, en violation avec une loi fédérale qui considère comme un crime de mal gérer des informations classifiées de manière intentionnelle ou de manière très négligente, ou en violation d’une seconde loi stipulant qu’il est un délit de supprimer intentionnellement des informations classifiées d’un système de stockage approprié.
-Sur les 30 000 e-mails confiés par Mme Clinton et provenant de son serveur personnel, 9 discussions étaient top secrètes (le niveau maximal de classification, défini comme pouvant causer des dégâts exceptionnels à la nation), 36 discussions étaient secrètes, 8 discussions étaient classifiées, et 2 000 ont été surclassées comme étant classifiées à posteriori.
-Le FBI a aussi découvert plusieurs milliers de mails reliés au travail qui n’étaient pas inclus dans les 30 000 confiés par la secrétaire Clinton (ndr : bien qu’elle ait certifié avoir tout confié), par divers moyens. Certains appareils ont été supprimés au fil des années (ndr : dont des Blackberry broyés au marteau) et nous avons trouvé des traces de mails sur des appareils qui ont été connectés au serveur privé. D’autres mails ont été retrouvés dans les communications d’employés du gouvernement qui ont correspondu avec Mme Clinton. […]
-Notre opinion est que, comme de nombreux utilisateurs de mails, la secrétaire Clinton effaçait périodiquement ses mails ou qu’ils étaient supprimés lorsque les appareils étaient changés. Étant donné qu’elle n’utilisait pas un compte gouvernemental, ni même un compte commercial comme G-mail, il n’y avait aucune archive de ses e-mails, donc il n’est pas surprenant que nous ayons découvert des mails qui n’étaient pas dans son système en 2014.
–Il est aussi probable qu’il y avait d’autres e-mails qu’ils n’ont pas fourni à l’État et que nous n’avons trouvé nulle part, et qui sont désormais indisponibles parce qu’ils ont supprimé tous les e-mails qu’ils n’ont pas fourni à l’État, et parce que les avocats [de Mme Clinton] ont nettoyé leurs appareils d’une façon qui empêche une récupération complète des données.
-Bien que nous n’ayons pas trouvé de preuve nette que la secrétaire Clinton ou ses collègues aient intentionnellement violé la loi sur la gestion des informations classifiées, il y a des preuves qu’ils ont été extrêmement imprudents dans leur gestion d’informations très sensibles et hautement classifiées.
-Pour être clair, ce n’est pas pour suggérer qu’en des circonstances similaires, une personne qui s’engage dans cette activité ne ferait face à aucune conséquence. Au contraire, ces personnes sont souvent sujettes à des sanctions sécuritaires ou administratives. Mais ce n’est pas ce que nous décidons actuellement.
–Pour conclure, bien que ce soit le département de la Justice qui doive donner sa décision finale sur ces sujets, nous exprimons à la justice notre point de vue que des poursuites ne sont pas appropriées dans ce cas.
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Cette conclusion, qui passe sous silence nombre de points très suspects et détaillés dans un rapport de 400 pages, déclencha aussitôt un tollé sur les réseaux sociaux car Hillary avait dit sous serment qu’aucun mail marqué comme classifié n’avait transité sur son serveur.
Le FBI confirme donc qu’Hillary Clinton a bien menti sur la classification de ses e-mails, et les enquêteurs sont aussi obligés d’avouer qu’ils n’ont pas pu tout récupérer à cause des appareils supprimés (dont plusieurs détruits au marteau… [*4]), et à cause des fichiers supprimés de manière définitive …
En résumé, le FBI a reconnu que Mme Clinton avait bel et bien commis des « crimes » selon la loi fédérale américaine mais, pour des raisons de pression politique évident, a simplement requalifié ces « crimes » avec l’euphémisme « d’extrêmes imprudences » en déconseillant toute poursuite judiciaire… Ce déni de justice, qui a scandalisé nombre d’Américains, n’avait pour but que d’éviter de fermer la voie à la présidence de Clinton.
Acte 2 : intentionnalité de cacher des mails dès le début de l’enquête.
Après avoir établi que Mme Clinton était coupable « d’extrême négligence » (une première unique dans l’histoire) mais qu’il ne fallait pas lancer de poursuite judiciaire, le FBI a conclu qu’il n’y avait pas eu d’intentionnalité de cacher les e-mails.
Dans les faits, on dispose pourtant d’un tableau permettant d’avoir la quasi-certitude que des e-mails ont été supprimés intentionnellement :
1) Dans son rapport complet, Le FBI a mis en évidence qu’un employé de PRN (entreprise qui stockait le serveur Clinton à partir de 2013) avait nettoyé le serveur Clinton avec Bleachbit, un programme empêchant la récupération des données supprimées.
Cette suppression définitive a eu lieu fin Mars 2015, après que l’entreprise PRN ait été informé par le FBI de ne toucher à rien en raison de l’enquête. Cela constitue évidemment une obstruction, qui peut en soi être punie de prison là-bas. Le FBI conclut cependant à une initiative personnelle et non intentionnelle de l’employé de PRN, ce qui est évidemment faux dans une telle affaire…[*5]
2) Le FBI souligne dans sa conclusion que les avocats de Mme Clinton, eux aussi, ont utilisé un programme pour effacer définitivement des données avant de fournir les appareils au FBI, et qu’il est impossible de retrouver une partie des mails de Mme Clinton malgré tout le travail effectué. Comment le FBI peut-il en déduire que cela pourrait ne pas être intentionnel et qu’il est inutile la justice y jette un œil ?
3) Wikileaks a fourni – quelques jours avant l’élection – la confirmation que des preuves ont été cachées intentionnellement, en publiant 60 000 mails du directeur de campagne de Mme Clinton (Mr John Podesta, dont le mot de passe sécurisé aurait été “p@ssw0rd“, pour l’anecdote…). Ces révélations ô combien scandaleuses ont pourtant été très peu médiatisées.
Ci-dessous deux des mails concernent l’intentionnalité de cacher des informations:
– Mail n°1: où l’on apprend qu’un membre du staff d’Hillary écrit à John Podesta dans les jours suivant l’ouverture de l’enquête : “pour ce que ça vaut, il n’y a qu’une chose à faire avec les e-mails. (que je suis sûr que personne ne veut faire). Prenez un avocat du département d’état pour supprimer tous les mails officiels en cherchant dans tous les e-mails. “ [*6]
-Mail n°2: où l’on apprend dans un échange de mails entre le stratège de la campagne Clinton et la directrice de communication de cette même campagne, que Clinton n’a pas confié tous les mails à l’état : -S’il y a une publication des 55 000 pages de mails, est-ce qu’il y en a d’autres non publiés ? -Absolument. [*7]
Acte 3 : Réouverture de l’enquête des e-mails par le FBI le 31 octobre
Le 31 octobre 2016, James Comey a informé le peuple américain qu’il rouvrait l’enquête sur les e-mails à la suite de nouvelles données récupérées par hasard dans une autre enquête.
L’ordinateur d’Anthony Weiner, homme politique new-yorkais connu pour des scandales sexuels, est en effet saisi dans le cadre d’une enquête de pédophilie menée par la police. Cet homme est le mari d’Huma Abedin, « bras droit » d’Hillary Clinton, et son ordinateur se révèle contenir des e-mails provenant du serveur privé Clinton, dans un fichier contenant en tout plus de 650 000 mails…
Cela fait scandale dans la presse que le directeur du FBI rouvre l’enquête aussi près des élections, et des fuites semblent indiquer que ce dernier n’a pas eu le choix face à des agents qui l’auraient menacé de fuites et qui étaient complétement révoltés.
A partir de là, la plupart des médias démocrates qui avaient encensé l’honnêteté de James Comey après la clôture de l’enquête, se sont mis à l’accuser d’ingérence dans la campagne, tout en éludant une fois de plus le fond de l’affaire.
James Comey est d’alors publiquement menacé de poursuites par de nombreux démocrates, et l’on imagine la pression qu’il a dû subir en privé. Il clôturera finalement l’enquête 6 jours après, le 6 Novembre. Il annonce alors brièvement qu’il n’y a pas de nouvel élément significatif, et principalement des doublons de mails ou des mails sans rapport, sans qu’il y ait de compte-rendu détaillé cette fois-ci (ce qui semble pour le moins léger). Après tout, on peut bien revoir 100000 mails par jour lorsqu’on ne cherche plus rien, tous les faits incriminants étaient déjà sur la table.
Conclusion sur les mails : en restant basé sur les faits et sans évoquer les nombreuses suppositions et points litigieux que je passe sous silence, Hillary Clinton a clairement eu des agissements que la loi Américaine qualifie de criminel, et ces agissements n’ont fait l’objet d’aucune poursuite officielle (en dehors d’une inculpation sur son parjure, qui est attendue).
Cette histoire de mails n’est pas gravissime en elle-même, mais il faut la regarder dans le contexte. Et dans le contexte, on peut se demander : pourquoi mettre tant d’efforts à administrer un serveur mail privé regroupant tous les e-mails de la fondation et ceux d’Hillary au département d’Etat de tous les regards extérieurs?
Cette dissimulation de mails prend tout son sens lorsqu’on se rend compte que dans le cadre de très fortes suspicions de corruptions, aucune trace ne subsistera des contacts précis d’Hillary avec des personnages extérieurs…
N’oublions pas que la corruption peut prendre de nombreuses formes (et à ce propos, on peut citer qu’un président de la commission Européenne qui devient membre de Goldman Sachs, une commissaire à la concurrence qui travaille pour Uber, une commissaire à l’environnement qui travaille pour Volkswagen, ça soulève des questions…), et Hillary qui est une intelligente avocate semble avoir bien organisé son affaire pour qu’aucune preuve ne subsiste.