Les premières estimations publiées après la fermeture des bureaux de vote donnent l’AfD largement en tête en Saxe-Anhalt. Avec près de 45 % des suffrages, le parti de droite radicale réaliserait une progression spectaculaire, tandis que la CDU du chancelier Friedrich Merz subirait un lourd revers. Un résultat susceptible de provoquer un débat bien au-delà des frontières allemandes.
Un véritable séisme électoral
Les bureaux de vote ont fermé à 18 heures et les premières estimations commencent à dessiner un paysage politique profondément bouleversé en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne.
Selon les premières projections citées, l’Alternative für Deutschland (AfD) recueillerait environ 44,5 % des suffrages, soit une progression de 23,7 points par rapport au précédent scrutin régional.

Une telle performance constituerait une victoire historique pour le parti, qui confirmerait ainsi son implantation dans plusieurs régions de l’est de l’Allemagne.
À l’inverse, la CDU, parti du chancelier Friedrich Merz, enregistrerait une chute spectaculaire. Elle passerait de 37,1 % à environ 18,6 %, soit une perte de 18,5 points.
Le FDP, parti libéral, serait également lourdement sanctionné : avec environ 2 % des voix, contre 6,4 % précédemment, il passerait sous le seuil de 5 % nécessaire pour être représenté au Parlement régional.
Ces résultats, s’ils sont confirmés, constitueraient donc un bouleversement majeur du rapport de forces politique en Saxe-Anhalt.
Pourquoi cette victoire de l’AfD dépasse-t-elle le cadre régional ?
L’importance de ce scrutin ne tient pas seulement à la spectaculaire progression électorale de l’AfD.
Le parti défend en effet plusieurs orientations qui rompent avec les grandes lignes de la politique menée par les gouvernements allemands successifs, notamment sur les relations avec la Russie, l’Union européenne, l’euro et l’immigration.
Une victoire de cette ampleur pourrait ainsi alimenter les débats sur l’avenir politique de l’Allemagne et, plus largement, sur celui de l’Union européenne.
Une politique radicalement différente vis-à-vis de la Russie
L’AfD s’oppose à la poursuite de la politique allemande de soutien militaire à l’Ukraine et critique fortement la confrontation avec la Russie.
Le parti défend notamment une réorientation de la politique étrangère allemande et refuse que l’Allemagne s’engage dans une logique qu’il considère comme susceptible de conduire à une confrontation directe avec Moscou.
Cette position distingue fortement l’AfD des partis traditionnels allemands, même si les modalités exactes de la politique étrangère qu’elle entendrait mettre en œuvre doivent être examinées à partir de ses programmes et déclarations officielles.
L’AfD veut transformer profondément l’Union européenne
L’une des positions les plus importantes de l’AfD concerne l’avenir de l’Union européenne.
Le parti défend une transformation radicale du fonctionnement actuel de l’UE au profit d’une « Europe des nations », avec un transfert important de compétences de Bruxelles vers les États membres.
L’AfD a également évoqué la possibilité d’un « Dexit », c’est-à-dire une sortie de l’Allemagne de l’Union européenne, mais présente cette perspective comme une option qui pourrait intervenir si une transformation fondamentale de l’UE n’était pas possible.
Dans cette logique, l’objectif affiché serait d’abord de remplacer l’Union européenne actuelle par une structure donnant davantage de souveraineté aux États.
Cette orientation placerait l’Allemagne au cœur d’un débat institutionnel majeur : faut-il approfondir l’intégration européenne ou, au contraire, restituer davantage de compétences aux États nationaux ?
Une remise en cause de l’euro
C’est toutefois sur l’immigration que les propositions de l’AfD sont probablement les plus radicales.
Le parti réclame une réduction massive de l’immigration et une politique beaucoup plus restrictive en matière d’asile, de naturalisation et de séjour des étrangers.
Parmi les mesures défendues par l’AfD figurent notamment :
- le renforcement des contrôles aux frontières et le rejet de certains demandeurs d’asile ;
- une limitation très importante du droit d’asile ;
- le refus des mécanismes européens de répartition des demandeurs d’asile ;
- l’expulsion des personnes ne disposant plus d’un droit de séjour ;
- une politique dite de « remigration », notion particulièrement controversée ;
- un durcissement des conditions de naturalisation ;
- le renforcement des expulsions en cas de condamnation pénale ;
- une réduction ou une modification des prestations accordées aux demandeurs d’asile ;
- le recours à des prestations en nature ou à des cartes de paiement plutôt qu’à certaines allocations en espèces ;
- la volonté de privilégier la mobilisation de la main-d’œuvre allemande plutôt que l’immigration de travail.
Ces propositions suscitent de vives controverses en Allemagne et en Europe, notamment concernant leur compatibilité avec le droit constitutionnel allemand, le droit européen et les conventions internationales.
Une onde de choc politique en Allemagne et en Europe ?
Si les résultats définitifs confirment les premières estimations, la progression de l’AfD en Saxe-Anhalt constituera un événement politique majeur.
Elle confirmerait surtout une tendance déjà observée dans plusieurs territoires de l’est de l’Allemagne : l’installation durable de l’AfD comme l’une des principales forces électorales du pays.
Pour la CDU de Friedrich Merz, une telle défaite constituerait également un sérieux avertissement. Le parti devrait alors répondre à une question stratégique majeure : comment contenir la progression de l’AfD sans reprendre ses principales orientations ?
À l’échelle européenne, la question serait encore plus vaste.
Une montée en puissance de l’AfD pourrait renforcer les forces politiques européennes favorables à une restitution de compétences aux États membres, à une politique migratoire beaucoup plus restrictive et à une remise en cause de certaines politiques communes de l’Union.
Un résultat à surveiller de très près
Il convient néanmoins de distinguer les premières estimations des résultats définitifs.
Le poids politique exact de cette victoire dépendra notamment de la composition finale du Parlement régional, des éventuelles coalitions et de la capacité de l’AfD à transformer son succès électoral en influence gouvernementale.
Mais une chose est déjà certaine : une progression de cette ampleur ne serait pas un simple événement régional.
Elle constituerait un nouveau signal de la profonde recomposition politique à l’œuvre en Allemagne et pourrait relancer, dans toute l’Europe, les débats sur l’immigration, la souveraineté nationale, l’euro et l’avenir même de l’Union européenne.