Xu Jiayin (许家印), fondateur du conglomérat China Evergrande, s’était élevé naguère à la position de l’homme le plus riche de Chine. Son groupe détenait notamment le 2ᵉ promoteur immobilier chinois, avant d’être emporté dans la crise immobilière. Il a été arrêté et vient de passer devant le tribunal de Shenzhen.
Les juges ont déterminé qu’entre 2016 et 2021, Xu Jiayin et son groupe ont :
- « enfreint la loi nationale afin de gonfler les actifs et dissimuler les passifs » de l’entreprise ;
- « pris le contrôle d’institutions financières » par des pots-de-vin ;
- procédé à des levées de fonds illégales, des manipulations frauduleuses de cours boursiers, et des détournements de fonds ;
- commis « une fraude fiscale à grande échelle. »
La condamnation
Pour tous ces crimes et délits, le tribunal a condamné :
- Xu Jiayin, ancien homme le plus riche de Chine, à la prison à perpétuité ;
- le conglomérat Evergrande à une amende de 8,82 milliards de renminbis, soit environ 1,121 milliard d’euros ;
- le groupe immobilier Evergrande Real Estate à 7 milliards de RMB, soit environ 890 millions d’euros.
En outre, tous les biens personnels de Xu Jiayin ont été saisis.
Commentaires
Le régime chinois actuel est autocratique et dictatorial, comme l’ont été tous les régimes qui ont dirigé cet immense pays depuis plus de 3 600 ans.
Malgré son appellation de « République populaire », ses références de plus en plus vagues à l’idéologie marxiste, et ses institutions parlementaires de façade, l’actuel régime s’inscrit en profondeur dans la très longue lignée des dynasties chinoises.
Quitte à forcer le trait, on peut résumer l’histoire du XXe siècle en Chine par le remplacement conflictuel de la dynastie mandchoue (Qing), après 38 ans de troubles (1911-1949), par la « dynastie communiste » née d’une révolte paysanne.
Tout comme la dynastie mongole (Yuan) avait été remplacée en 1368 par la dynastie Ming, née elle aussi d’une révolte paysanne. Ou comme la dynastie Tang avait été remplacée, après 53 ans de troubles (907-960), par la dynastie Song, née d’un coup d’État militaire.
Si l’on veut bien admettre que Xi Jinping, officiellement « Président de la République populaire de Chine », occupe dans l’inconscient collectif chinois la place de l’Empereur, on comprend qu’un tel régime ne saurait admettre que l’un de ses sujets puisse, si peu que ce soit, se hisser par la fortune à une position supérieure au dirigeant suprême, traditionnellement qualifié de « Fils du ciel » (天子, Tiān Zǐ).
Xi cumule ainsi à son bénéfice, à la fois l’ancestrale tradition dynastique de dévotion au « Fils du ciel », et ce qui reste de l’idéologie marxiste-léniniste, au garde-à-vous devant le Secrétaire général du PCC.
Il a donc tout pouvoir pour briser tout oligarque qui menacerait son trône. Même et surtout s’il s’agit d’un multimilliardaire, car cette sanction lui permet de montrer au peuple qu’il reste fidèle aux idéaux égalitaristes et anticapitalistes du régime maoïste.
Tel est le grand avantage politique que Xi Jinping retire de la condamnation de Xu Jiayin, comme de toutes les condamnations qui frappent régulièrement oligarques, ministres ou hauts fonctionnaires corrompus.
Conclusion
Xi bénéficie de la faveur populaire grâce aux succès époustouflants de la Chine dans tous les secteurs de l’économie, de la recherche et de l’activité humaine.
C’est pourquoi les Chinois sont, dans leur écrasante majorité, favorables au régime de Xi Jinping : en cas d’élections libres, le PCC remporterait aisément 80 à 85 % des voix ; non seulement parce que leurs conditions matérielles sont de très loin les meilleures de toute l’histoire millénaire du peuple chinois, mais aussi parce que les succès obtenus témoignent que Xi Jinping bénéficie bien du « Mandat du ciel ».
Ce qui signe, aux yeux de ce peuple très superstitieux, qu’il est légitime pour être et rester le Tiān Zǐ.