En faisant référence à Victor Hugo pour défendre l’idée d’une Europe fédérale, Gabriel Attal remet au goût du jour une formule ancienne : celle des « États-Unis d’Europe ».
Mais, pour François Asselineau, cette référence historique mérite d’être examinée de beaucoup plus près.
Car avant de reprendre l’appel de Victor Hugo, Gabriel Attal aurait dû commencer par relire attentivement le discours prononcé par l’écrivain le 21 août 1849.
Ce que disait réellement Victor Hugo
Dans ce discours, Victor Hugo évoque effectivement la création des « États-Unis d’Europe ».
Mais le projet qu’il décrit dépasse largement la simple coopération entre nations européennes.
Voir l’essentiel : https://upr.fr/essentiels/victor-hugo-et-son-projet-des-etats-unis-deurope/
Victor Hugo imagine alors une transformation profonde de l’Europe et du monde, avec notamment l’ambition de diffuser le christianisme, de prévenir les révolutions, de renforcer les liens avec les États-Unis d’Amérique et de développer une conception particulière de la « civilisation ».
Il évoque notamment la nécessité de « rendre l’Afrique à l’homme et l’Asie à la civilisation ».
Pour François Asselineau, reprendre aujourd’hui cette référence historique sans rappeler le contexte et le contenu complet du discours revient donc à présenter une vision tronquée de la pensée de Victor Hugo.
Six monarchies européennes toujours en place
François Asselineau soulève également une autre question : que penseraient les six monarchies actuellement membres de l’Union européenne — les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, le Danemark, la Suède et l’Espagne — d’un projet de fédération européenne conduisant à la disparition des États-nations ?
Ces pays conservent en effet leurs propres monarchies constitutionnelles et leurs institutions nationales.
La question posée est donc celle de la compatibilité entre le projet d’un « État fédéral européen » et le maintien de traditions, d’institutions et d’identités nationales profondément enracinées.
Et les pays qui refusent l’euro ?
Autre difficulté soulevée par François Asselineau : tous les États membres de l’Union européenne n’ont pas adopté la monnaie unique.
Le Danemark bénéficie d’une clause d’exemption et conserve la couronne danoise.
La Suède utilise également toujours la couronne suédoise, tandis que la Pologne conserve le złoty.
Que pensent les populations de ces pays de la perspective d’une Europe fédérale plus intégrée, avec à terme une monnaie unique pour tous ?
Pour François Asselineau, cette question ne peut pas être évacuée si l’on prétend construire un projet politique commun à l’ensemble du continent.
Que pensent les autres peuples européens ?
La même interrogation vaut pour les citoyens allemands, italiens, néerlandais et ceux des autres États membres.
Avant de proclamer la naissance prochaine des « États-Unis d’Europe », encore faudrait-il savoir si les différents peuples européens souhaitent réellement abandonner davantage de prérogatives nationales au profit d’un pouvoir fédéral européen.
Pour François Asselineau, cette question fondamentale ne peut pas être tranchée par les seules institutions européennes ou par quelques dirigeants politiques.
Et les pays associés ?
François Asselineau évoque également le cas du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.
Il rappelle que des responsables européens ont évoqué l’idée de développer des relations particulièrement étroites avec ces pays, voire leur association au projet européen.
Il demande toutefois que l’on précise exactement ce que recouvre cette notion de « membres associés », ainsi que sa base juridique et institutionnelle.
Quel bilan après près de sept décennies de construction européenne ?
Enfin, François Asselineau estime qu’avant de vouloir accélérer encore l’intégration européenne, il serait indispensable de dresser un bilan objectif des décennies écoulées depuis la signature du traité de Rome, le 25 mars 1957 :
- quel bilan économique ?
- quel bilan industriel ?
- quel bilan agricole ?
- quel bilan éducatif et scientifique ?
- quel bilan diplomatique et militaire ?
Et, plus largement, quel bilan pour la place de l’Europe et de ses nations dans le monde ?
Pour François Asselineau, ces questions devraient être posées avant de présenter comme une évidence historique la création d’une Europe fédérale.
Une référence historique contestée
Au fond, c’est donc la démarche de Gabriel Attal que François Asselineau conteste.
Selon lui, invoquer Victor Hugo pour promouvoir les « États-Unis d’Europe » sans revenir précisément sur ce que Victor Hugo entendait par cette expression revient à utiliser une référence historique prestigieuse pour légitimer un projet politique contemporain.
Pour François Asselineau, l’histoire des peuples européens, leurs identités nationales et leurs trajectoires politiques ne peuvent pas être traitées comme les éléments d’un simple projet institutionnel.
Il considère ainsi que présenter la création d’une Europe fédérale comme une évidence relève d’une vision profondément réductrice de la réalité européenne.
À ses yeux, cette manière de procéder est d’autant plus problématique qu’elle intervient dans le contexte d’une campagne présidentielle.
Il dénonce donc une nouvelle « clownerie » politique et juge particulièrement légère et irresponsable une démarche qui, selon lui, engage l’avenir de nations et de peuples dont l’histoire s’étend sur plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires.