En France, la rhétorique officielle qualifie régulièrement Vladimir Poutine de « nouvel Hitler ». Ceux qui refusent l’escalade militaire ou la guerre contre la Russie se voient quant à eux insultés et qualifiés de « collabos » dotés de « l’esprit munichois ».
Cette accusation fait directement référence aux Accords de Munich du 30 septembre 1938 entre Adolf Hitler, Benito Mussolini, Neville Chamberlain et Édouard Daladier, restés célèbres dans l’histoire comme le symbole de la duplicité du dictateur allemand et de la naïveté présumée des démocraties britanniques et françaises.
Pourtant, si l’on souhaite analyser la situation à travers le prisme de la comparaison historique, les relations entre la Russie d’un côté, et les États-Unis, l’Europe et l’OTAN de l’autre depuis l’effondrement de l’URSS, montrent un schéma exactement inverse à celui de Munich. Ce ne sont pas les Occidentaux qui ont été bernés par la Russie, c’est l’inverse. La Russie a été dupée par l’Occident à au moins deux moments décisifs au cours des 40 dernières années.
L’accord de Minsk II (12 février 2015)
Lors de la signature de l’accord de Minsk II, le président russe pensait que la France et l’Allemagne useraient de leur prestige et de leur influence pour faire appliquer avec neutralité le cessez-le-feu conclu avec l’Ukraine. Poutine a en réalité été dupé par la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande.
Ces deux anciens dirigeants ont eux-mêmes reconnu plus tard qu’ils ne cherchaient qu’à gagner du temps pour permettre à l’Ukraine de s’armer avant de combattre la Russie.
Pour aller plus loin : retrouvez l’analyse de cette déclaration dans l’article de Marianne : Les accords de Minsk devaient donner du temps à l’Ukraine : Angela Merkel jette un pavé dans la mare.
L’effondrement de l’URSS et les promesses de non-extension de l’OTAN
La seconde tromperie remonte à la dislocation du bloc soviétique. Les autorités russes expliquent aujourd’hui que les Américains (notamment le président George H. W. Bush) avaient juré à Mikhaïl Gorbatchev que l’OTAN ne profiterait pas de la situation pour s’étendre à l’Est ou menacer la sécurité russe. C’est pourtant exactement ce qui s’est produit, bien que les Occidentaux nient aujourd’hui l’existence d’une telle promesse.
Le témoignage de Jack Matlock, ambassadeur des États-Unis en Union soviétique de 1987 à 1991, vient pourtant confirmer la version russe :
« Nous avons donné des assurances catégoriques à Gorbatchev que, si l’Allemagne réunifiée pouvait rester dans l’OTAN, l’OTAN ne serait pas déplacée vers l’est. »
Conclusion : un dialogue rompu et des risques d’escalade mondiale
Le débat apparaît ainsi clos : depuis 40 ans, les Russes disposent des raisons les plus solides pour ne plus croire les promesses faites par l’Occident.
Ce sentiment est renforcé par le rôle délétère joué en avril 2022 par le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui s’est rendu sur place pour inciter Volodymyr Zelensky à refuser l’accord de paix alors en négociation grâce à la médiation de la Turquie (voir à ce sujet l’article de la Tribune de Genève : Ukraine : un document secret aurait pu mettre fin à la guerre).
En analysant la situation en conscience, force est de constater que ce sont les dirigeants occidentaux, sélectionnés par l’État profond américain et européen, qui font tout pour provoquer la Russie année après année, au risque de déclencher une Troisième Guerre mondiale.
Il est désolant et scandaleux de voir qu’un débat sur un sujet d’une gravité si immense est de facto interdit dans les médias grand public en France. Il est criminel de constater que tout est mis en œuvre pour que ces médias ne donnent la parole — de Jordan Bardella à Raphaël Glucksmann — qu’aux seuls candidats à l’élection présidentielle ayant fait allégeance aux mensonges de la propagande officielle.